Chaque année, des milliers de livres partent au pilon. Imprimés en trop grande quantité, stockés, transportés, puis détruits faute d’avoir trouvé leurs lecteurs, ils révèlent l’un des paradoxes les plus coûteux de l’édition traditionnelle : produire d’abord, espérer vendre ensuite.
Face à cela, l’impression à la demande a introduit une rupture importante. Le livre n’est fabriqué qu’au moment où il est acheté : pas d’invendus, pas de stocks dormants, pas de destruction massive. D’un point de vue strictement matériel et environnemental, c’est un progrès évident.
C’est là tout le paradoxe d’Amazon. La plateforme, à juste titre très contestée pour ses pratiques économiques, fiscales et sociales, a pourtant développé avec KDP un système qui réduit considérablement le gaspillage structurel du livre. On peut critiquer Amazon sur bien des points — et souvent avec raison — mais il est difficile de nier que l’impression à la demande met fin à une hypocrisie ancienne du monde éditorial : celle de l’invendu silencieux, du stock excédentaire et du pilon caché.
Autrement dit, dans un système globalement discutable, KDP a introduit une logique de production plus sobre, plus ajustée et, paradoxalement, plus écologique.